Le sujet est un désir

[…] ce qui est paradoxal, ce que je n’ai vu décrit nulle part, c’est cette idée que j’essaye de vous proposer et qui est celle-ci : le sujet est un désir et le désir est le désir d’un sujet qui est lui-même sujet. Il est le sujet.

D’habitude on décrit la personne humaine comme étant d’un côté la raison et de l’autre, l’affectivité. D’un côté la raison, l’intelligence, peut être la maîtrise, la liberté et de l’autre côté les pulsions. Le travail de civilisation consisterait à bien encadrer le désir par la raison ou par le Surmoi… Ce désir qu’on décrit comme étant différent de la conscience est une force aveugle qui, en réalité, est calquée sur les forces énergétiques soit de la nature, soit des forces nerveuses de l’être humain. En réalité, le désir est autre chose. Le désir est déjà sujet. En quoi et pourquoi? Je vais schématiser mais il faut dire ces choses qui sont rarement dites : le Désir est une intentionnalité, c’est-à-dire que le désir est ce mouvement qui va vers quelque chose et qui peut se changer car on peut changer nos désirs.

Ce que je dis du désir, c’est ce que j’ai dit tout à l’heure du sujet. Quoi de plus dans le désir que dans le sujet? Une description plus complète du sujet. Le sujet est sujet désirant. Qu’est-ce que désirer? Ce n’est pas ce que croient nos contemporains : Lacan, Sartre, Hegel, Schopenhauer après Platon. Tous ces philosophes affirment que le désir c’est le manque, la structure du désir serait la structure du manque. On désire quelqu’un parce qu’il nous manque et quand il nous manque on en souffre. Et puis quand on atteint l’objet de son désir, on en souffre par la satiété. On ne le désire plus parce qu’on le possède. Dans cette description pessimiste qui trouve sa racine chez Schopenhauer – on la retrouve chez Sartre, Hegel -, le désir est défini par le manque et lorsque le désir a atteint son objet, on prétend que le désir meurt, comme si ayant faim et ayant dîné, j’avais dîné pour le reste de mes jours. Mais je n’ai pas dîné pour le reste de mes jours et je ne me désole pas du fait que demain je dînerai encore, c’est-à-dire que je désirerai encore cette chose qui m’a comblé. Je désirerai encore. Quelle « bénédiction »! C’est la preuve que je suis vivant. Mais pourquoi est-ce que je vais désirer encore? Parce que désirer, c’est désirer la satisfaction. C’est ce qu’on oublie. Les philosophes du manque, les philosophes tragiques, les philosophes qui veulent nous désespérer n’insistent que sur la moitié du désir, c’est-à-dire le désir comme mouvement dynamique vers ce qu’il n’a pas. Ils oublient de décrire la suite, à savoir l’obtention de ce qu’il recherche et par conséquent le plaisir. S’il y a désir, il y a à l’horizon jouissance. Le désir et la jouissance ne sont pas des chutes, des faiblesses, des péchés, ils sont la réalisation de notre essence. 

ROBERT MISRAHI – LE SUJET ET SON DÉSIR – Editons Pleins Feux

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